Ce que les dirigeants confondent souvent avec une mauvaise gestion
- Sylvie HBS

- 1 janv.
- 4 min de lecture
Il y a une pensée qui traverse l’esprit de beaucoup de dirigeants, souvent en silence :« Si j’étais mieux organisé, je n’en serais pas là. » Elle arrive tard le soir, quand la journée est finie.Ou au moment d’un échange avec un partenaire, un conseiller, un proche.Elle s’installe sans bruit et finit par peser lourd. Très souvent, ce que le dirigeant appelle « une mauvaise gestion » n’en est pas une.C’est autre chose.Quelque chose de plus subtil, de plus diffus… et de beaucoup plus courant qu’on ne l’imagine.

Une accusation que l’on s’adresse à soi-même
Dans les TPE, l’entreprise et le dirigeant sont étroitement liés.Quand quelque chose ne va pas, il est tentant de l’interpréter comme un échec personnel.
Une trésorerie tendue devient :
« Je ne sais pas gérer. »
Un manque de visibilité devient :
« Je fais n’importe quoi. »
Des décisions difficiles deviennent :
« J’aurais dû mieux faire. »
Ce glissement est humain.Mais il est rarement juste.
Le mécanisme en jeu : quand le flou se transforme en faute
Ce qui se passe est souvent le même scénario.
L’activité fonctionne.Les clients sont là.Le travail ne manque pas.
Mais malgré cela :
les fins de mois restent inconfortables,
certaines décisions sont reportées,
une tension de fond s’installe.
Faute d’explication claire, le cerveau cherche une cause.Et la cause la plus facile à désigner, c’est soi-même.
Le flou est alors interprété comme une mauvaise gestion.
Ce que les dirigeants vivent concrètement
Sur le terrain, cela prend des formes très simples :
« Je gagne de l’argent, mais je ne sais pas où il passe. »
« Je travaille beaucoup, mais je n’ai jamais l’impression d’être vraiment à jour. »
« Je ne me sens pas en sécurité, même quand l’activité tourne. »
Ces phrases reviennent constamment chez les dirigeants de TPE.Et pourtant, elles ne traduisent pas un manque de sérieux.
Elles traduisent un manque de repères.
Mauvaise gestion ou absence de cadre ?
Il est important de faire une distinction essentielle.
La mauvaise gestion, dans sa forme réelle, implique des comportements répétés de négligence ou de désengagement.Ce n’est pas ce que l’on observe dans la majorité des TPE.
Ce que l’on observe, c’est plutôt :
des décisions prises dans l’urgence,
des ajustements permanents,
une adaptation constante à la réalité du terrain.
Autrement dit : beaucoup d’efforts, mais peu de structure.
Quand l’adaptation permanente devient épuisante
Les dirigeants de TPE sont souvent très bons pour s’adapter.Ils trouvent des solutions.Ils compensent.Ils absorbent.
Mais cette adaptation permanente a un coût :elle empêche la prise de recul.
Sans cadre clair, chaque décision devient un effort mental.Même les petites.
Ce n’est pas de la mauvaise gestion.C’est une gestion sans soutien.
Un exemple très courant
Prenons un cas simple.
Un dirigeant facture régulièrement.Il encaisse.Il paie ses charges.
Mais il ne sait jamais vraiment :
ce qu’il peut se verser sereinement,
ce qu’il peut investir sans stress,
ce qu’il vaut mieux différer.
À chaque décision, il hésite.Il avance à l’intuition.
Quand la fatigue arrive, il conclut :
« Je gère mal. »
En réalité, il gère sans boussole.
Pourquoi cette confusion est si fréquente
Cette confusion est renforcée par l’environnement.
Beaucoup de discours valorisent :
la maîtrise parfaite,
l’optimisation,
la performance chiffrée.
Face à ces standards, le dirigeant de TPE se sent souvent « en retard ».Pas assez structuré.Pas assez rigoureux.
Il compare sa réalité à des modèles qui ne sont pas faits pour lui.
Normaliser cette situation
Il est important de le dire clairement :ce que vivent la plupart des dirigeants est normal.
Créer, développer et faire vivre une TPE demande déjà énormément d’énergie.La gestion financière vient souvent après, quand on peut.
Ce n’est ni une faute, ni un défaut.C’est une priorité différée.
Le danger de la mauvaise étiquette
Le vrai risque, ce n’est pas l’absence de cadre au départ.C’est de coller trop vite l’étiquette « mauvaise gestion ».
Cette étiquette ferme des portes :
elle empêche de demander de l’aide,
elle installe une culpabilité inutile,
elle freine la mise en place de solutions simples.
Quand on pense « je suis mauvais », on n’avance plus sereinement.
Ce qui change avec plus de clarté
Quand un dirigeant commence à poser quelques repères simples, le regard change.
Il réalise que :
certaines tensions sont structurelles,
certaines décisions étaient logiques au moment où elles ont été prises,
certains choix méritent juste d’être éclairés, pas jugés.
La culpabilité laisse place à la compréhension.
La clarté comme réassurance
Avec un minimum de clarté :
les chiffres deviennent des informations,
les décisions deviennent plus calmes,
les erreurs deviennent des ajustements.
Le dirigeant ne se sent plus « mauvais ».Il se sent responsable, mais soutenu.
Un cadre plutôt qu’un contrôle
Ce qui fait la différence, ce n’est pas de tout contrôler.C’est d’avoir un cadre adapté à sa réalité.
Un cadre qui :
donne de la visibilité,
permet d’anticiper un minimum,
réduit la charge mentale.
Pas un cadre rigide.Un cadre vivant.
Changer de regard sur sa gestion
Quand on regarde les choses autrement, une évidence apparaît :
Ce qui était perçu comme une mauvaise gestion était souvent :
une gestion intuitive,
une gestion isolée,
une gestion sans repères explicites.
Et cela peut évoluer, sans tout bouleverser.
Une autre manière d’avancer
Avancer ne signifie pas devenir expert.Ni tout comprendre.Ni tout prévoir.
Avancer, dans une TPE, signifie souvent :
rendre visible ce qui est flou,
clarifier sans complexifier,
décider avec plus de calme.
Un point d’appui possible
C’est dans cet esprit qu’a été pensé l’ebook« Par où commencer pour reprendre le contrôle financier de son entreprise ? »
Pas comme une leçon.Pas comme une injonction à mieux faire.
Mais comme un point d’appui pour remettre de la clarté là où le flou s’est installé.
Pour conclure
Si tu as déjà pensé que tu gérais mal, prends un instant.
Pose-toi cette question simple :« Est-ce vraiment une mauvaise gestion… ou un manque de cadre adapté à ma réalité ? »
Très souvent, la réponse change tout.
Et à partir de cette prise de conscience, une autre manière d’avancer devient possible.Plus calme.Plus lucide.Plus juste.



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